Personnalité
Elise Benoît-Huguelet

Elise Huguelet fait partie des personnalités dont les communes sont fières. Née le 6 avril 1820 à Vauffelin, cette jeune femme est devenue la première sage-femme du village. Son récit révèle une multitude d’anecdotes illustrant la vie dans les petits villages du Jura bernois entre le 19ème siècle jusqu’au début du 20ème siècle.
Elise est la fille de François Louis Huguelet, agriculteur et tailleur de Vauffelin et fait partie d’une fratrie de 7 enfants, dont 4 seulement atteignent un âge avancé.
À l’âge de 4 ans, Elise est envoyée à l’école du village afin d’être hors du chemin à la maison. Le régent (actuel « professeur ») enseigne en patois, mais apprend aux élèves à lire le français, langue qu’ils ne comprennent pas. En 1831, le régent est remplacé par un plus jeune qui sait parfaitement lire et écrire le français. À partir de cette époque, les élèves n’osent plus répondre en patois, uniquement en français. On apprend par ailleurs que le village de Vauffelin ne possédait ni dictionnaire ni horloge.
En 1842, à l’âge de 22 ans, le pasteur de Vauffelin propose à Elise de participer au concours francophone de sage-femme à Berne, récemment mis en place. Ces cours de sage-femme lui offrent alors la possibilité d’un avenir professionnel, ce qui est très rare pour une jeune fille issue d’un milieu populaire. À la fin de sa formation, Elise retourne à Vauffelin et à l’âge de 26 ans, elle épouse son mari, Julien Benoit. Le couple déménage souvent dû au travail de Julien qui est régent d’école.
Tout au long de sa vie, Elise a aidé les femmes à accoucher à domicile. Ce travail ne lui a pas rapporté d’énormes revenus. Elle recevait environ 5 batz par accouchement, soit 70 centimes actuels. Et cela, quand elle était payée, car pour certains accouchements, elle n’a jamais reçu de paye.
Elise exerçait également les premiers secours nécessaires étant donné qu’il n’y avait pas de médecin ni à Vauffelin ni à Plagne, et qu’elle possédait les connaissances nécessaires à pratiquer les premiers soins.
En 1902, à l’âge de 81 ans, Elise se voit dans l’obligation de participer à un cours de répétitions. Elle décèdera le 16 janvier 1906, avec 6 décès en couches ou après couches à son compteur durant ses 63 ans d’exercices du métier de sage-femme.
Elle remplit alors la fierté de son village d’origine, Vauffelin, ainsi que de tous les villages dans lesquels elle a pratiqué son métier, dont Romont qui inaugura sa statue en 2022.
Le savais-tu?
- Le village de Vauffelin ne possédait ni dictionnaire ni horloge.
- Au 19ème siècle, les femmes n’avaient pas beaucoup de possibilités professionnelles, hormis le métier d’institutrice qui nécessitait d’être une demoiselle de la petite bourgeoisie et qui, apparemment, ne pouvait guère se marier ni avoir des enfants.
- Vauffelin ne recevait le courrier que deux fois par semaine.
- Durant l’hiver, la majorité des villages n’ouvraient pas leurs routes correspondantes, car cela coûtait beaucoup trop cher. Les déplacements se faisaient à pied à travers les collines.
- 1818 : création de l’école des sage-femmes à la suite de l’inquiétude des autorités face au nombre de décès des nourrissons. 1837 : création des cours en français pour les sage-femmes jurassiennes.
- La pension demandée par Berne pour les cours de sage-femmes était de 40 francs suisses – 60 francs suisses actuels – et de 70 francs suisses pour les ustensiles.
- 1824 : le régent de l’école gagnait 25 batz par semaine, ce qui équivaut aujourd’hui à 3.50.-.
- L’école avait uniquement lieu de novembre à avril.
- Les horaires des cours n’étaient pas choses fixes. Étant donné que le village ne possédait pas d’horloge, les élèves arrivaient au compte-goutte. Il n’y avait pas la possibilité de mettre des horaires fixes de début et de fin.
- 1831 : promulgation de la loi rendant l’école obligatoire.